Monument aux morts de la Commune


Le cimetière du Montparnasse témoigne des combats acharnés menés par les communards du XIVe arrondissement contre les troupes versaillaises dirigées par le général Boulanger. Les 22 et 23 mai 1871, ces dernières pénètrent dans le XIVe en franchissant la porte de Vanves et progressent jusqu’à la gare de Montparnasse. Les affrontements atteignent leur paroxysme le 23 mai, autour des nombreuses barricades dressées par les communards sous la direction de Jean Allemane, notamment aux abords du cimetière et à Montrouge. Le soir même, les troupes versaillaises prennent le contrôle du quartier.

Mais les combats continuent, violents, désespérés. Les troupes versaillaises se livrent à des exécutions sommaires, jusque dans les catacombes, les souterrains du quartier et même dans les hôpitaux. Ce fut le cas, entre autres, des gardes nationaux blessés soignés au séminaire de Saint-Sulpice, ou du jeune médecin fouriériste Valère Faneau, exécuté pour avoir refusé de dénoncer ses camarades. Communards ou non ? Il n’en fallait guère pour être suspect : une allure, un habit, une main noircie… Ils étaient, avant tout, ouvriers, employés, artisans — cela suffisait. La répression s’abattit sans discernement. Entre le 24 mai et le 13 juin 1871, la police enregistra pas moins de 379 828 dénonciations.

Mais quel crime avaient-ils donc commis, ces femmes et ces hommes, pour mériter d’être fusillés sans procès ? Ils avaient voulu l’égalité et la fraternité. Ils avaient défendu la séparation de l’Église et de l’État. Ils avaient exigé l’école gratuite, laïque et obligatoire. Ils avaient rêvé d’une République démocratique et sociale. Bref, comme l’écrivit Karl Marx, ils avaient osé « partir à l’assaut du ciel ».

On pourrait dire qu’une partie de ces revendications est aujourd’hui acquise — pour combien de temps encore ? Les communards avaient commis l'affront suprême et impardonnable:  ils avaient voulu les obtenir par eux-mêmes, par le peuple souverain. La vengeance fut terrible.

Lieu de combats, le cimetière du Montparnasse devint également lieu d’enfouissement : pendant la Semaine sanglante, on estime qu’entre 1 600 et 2 000 morts y furent enterrés. Leurs corps, entassés dans des fosses profondes d’une dizaine de mètres, furent recouverts de chaux. Comme au Père-Lachaise, la reconnaissance mémorielle tarda. Ce n’est qu’en 1907 qu’un emplacement officiel est choisi, dans les deux cimetières, pour honorer les morts de la Commune. En 1910, un monument y a été inauguré au Montparnasse, le 22 mai, devant une foule de 3 000 personnes. Parmi les orateurs figuraient Jean Allemane, vétéran des combats du quartier, et Edmond Goupil, fondateur de l’Association fraternelle des anciens combattants et amis de la Commune, dont la tombe se trouve également dans le cimetière.

Ce monument est un obélisque fin et sobre, dû au sculpteur Antonio Orso. Il porte des symboles à la fois funéraires et révolutionnaires : une palme, un flambeau, un bonnet phrygien, un soleil levant, et l’inscription MORTS DE LA COMMUNE – 21-28 MAI 1871. L’obélisque repose sur un socle en béton. Longtemps, il fut entouré d’une grille provenant de l’ancien palais des Tuileries. L’ensemble fut financé par souscription publique.

Jusqu’aux années 1950, des manifestations s’y tenaient chaque année. Depuis quelques années, Les Amies et Amis de la Commune ont repris le flambeau en organisant une cérémonie annuelle devant le monument. On y évoque, toujours avec émotion, le sacrifice des communardes et communards qui, jusqu’au bout, ont défendu l’idéal d’une République sociale et populaire.

 

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