Les canons du 18 mars


Le 18 mars à 5h du matin, 6000 militaires commandés par le général Lecomte prennent d’assaut la Butte Montmartre pour y récupérer les 171 canons que la garde nationale avait stocké au sommet de la Butte afin d’éviter qu’ils ne soient saisis par l’armée allemande qui défila du 1er au 3 mars sur les Champs-Elysées. Le garde Turpin qui surveillait les canons est tué, malgré la tentative de soin du docteur Georges Clemenceau, maire du XVIIIè. C’est le premier mort de la Commune.

Les habitants de Montmartre, surtout des femmes, se précipitent au devant des soldats pour les empêcher de prendre les canons, payés par souscription populaire auprès des parisiens. Les soldats ont faim et soif, la logistique n’a pas suivi. Les femmes offrent du pain et du lait aux soldats.

La situation s’éternisant le général Lecomte donne, par trois fois, l’ordre à ses soldats de tirer sur la foule. Les soldats mettent crosse en l’air et fraternisent avec la population et la garde nationale. Leur général est arrêté, il sera fusillé par ses propres soldats, ainsi que le général Clément-Thomas en habit civil qui était connu pour avoir commis des massacres en 1848.

Eugène Varlin

Eugène Varlin

Mort d'Eugène Varlin, Maximilien Luce

Mort d'Eugène Varlin, Maximilien Luce

Eugène Varlin, (1839 – 1871) ouvrier relieur, internationaliste membre de l’AIT, élu au conseil de la Commune, un des plus valeureux communards, est arrêté le 28 mai et est amené pour être fusillé à l’endroit même où les généraux périrent.

Prosper-Olivier Lissagaray relate son assassinat en ces termes :

« Place Cadet, il fut reconnu par un prêtre qui courut chercher un officier. Le lieutenant Sicre saisit Varlin, lui lia les mains derrière le dos et l'achemina vers les Buttes où se tenait le général de Laveaucoupet. Par les rues escarpées de Montmartre, ce Varlin, qui avait risqué sa vie pour sauver les otages de la rue Haxo, fut traîné une grande heure. Sous la grêle des coups sa jeune tête méditative qui n'avait jamais eu que des pensées fraternelles, devint un hachis de chairs, l'œil pendant hors de l'orbite. Quand il arriva rue des Rosiers, à l'état-major, il ne marchait plus on le portait. On l'assit pour le fusiller. Les soldats crevèrent son cadavre à coup de crosse. Sicre vola sa montre et s'en fit une parure. »

Varlin n’est pas le seul à subir ce sort au même endroit.  C'est toujours Lissagaray qui rapporte le massacre  commis par les Versaillais: 

Quarante-deux hommes, trois femmes et quatre enfants ramassés au hasard sont conduits au n° 6 de la rue des Rosiers, contraints de fléchir les genoux, tête nue, devant le mur au pied duquel les généraux ont été exécutés le 18 mars. Puis on les tue.
Une femme qui tient son enfant dans les bras refuse de s'agenouiller, crie à ses compagnons « Montrez à ses misérables que vous savez mourir debout ». 

 

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