Entre Blanqui et Duval


Au pied de l'hôtel Mercure, 25 Bd Blanqui

Nous nous trouvons au 25 boulevard Blanqui. On peut observer au 1er étage de l'hôtel une petite plaque située entre deux fenêtres qui indique que ce fut ici que mourut Auguste Blanqui, un militant révolutionnaire exemplaire.

Auguste Blanqui est un révolutionnaire socialiste français. Certains historiens le classent comme un des fondateurs de l'ultragauche française ; il aspire à « l'égalité sociale réelle ». Le blanquisme est un courant républicain réclamant le communisme et persuadé que le pouvoir doit être pris par les armes, par un groupe armé et déterminé. Ses idées vont marquer profondément les communards du 13e arrondissement.

Blanqui tenta de nombreux « coups » qui échouèrent et lui firent passer plus de 30 ans en prison. En 1871, emprisonné la veille de la Commune, il ne participera pas à celle-ci. Son influence étant immense, Thiers s'opposera à tout échange de prisonniers pour sa libération. Marx disait de Blanqui qu'il était l'âme qui manqua à la Commune.

Ce poème d'Eugène Pottier fut inspiré de sa visite au 25 boulevard d'Italie le 1er janvier 1881 :

Contre une classe sans entrailles,

Luttant pour le peuple sans pain,

Il eut, vivant, quatre murailles,

Mort, quatre planches de sapin !

La chambre mortuaire était au quatrième ;

Et la foule, à pas lents, gravissait l'escalier :

Le Paris du travail, en blouse d'atelier,

Des femmes, des enfants ; plus d'un visage blême.

A présent qu'il est mort, tu l'entendras... peut-être !

Ce combattant, passant de la geôle au cercueil,

Du fond de son silence, il dit : Ni Dieu, ni maître !

De nombreux dirigeants du 13e étaient des blanquistes, comme Émile Duval, Léo Meillet (qui fut maire du 13e pendant la Commune), Serizier, Jean-Baptiste Chardon. Tous furent des orateurs des grandes réunions publiques de 1869, qui furent le creuset de la Commune.

Avant de clore ce paragraphe et comme nous n'en sommes pas très loin, signalons d'une part les ateliers où Auguste Blanqui fabriquait sa propre poudre à canon : le 113 rue de Lourcine, l'actuelle rue Léon Maurice Nordmann. Et n'oublions pas Victoire Tinayre, qui habitait au 16 rue Abel Hovelacque, une femme énergique, patriote et humanitaire, déiste et anticléricale, pacifiste, socialiste, fouriériste. Enseignante, elle adhère naturellement à la Commune. Elle se voit confier, dès le 11 avril 1871, l'inspection générale des livres pour les écoles des jeunes filles de la Seine. Édouard Vaillant lui donne aussi comme mission, le 22 avril, « d'organiser et de surveiller le recrutement dans les écoles de filles », puis elle est nommée au poste d'inspectrice des écoles primaires du 12e arrondissement.

Émile Duval

Abordons maintenant un personnage important du 13e arrondissement et de la Commune : Émile Duval. Né en 1840, fils d'une blanchisseuse, il habite 87 rue de la Glacière. En 1860, il devient ouvrier fondeur en acier, un métier où l'on travaille jusqu'à 12 heures par jour sous une température de 40 à 50°. Très jeune, il comprend qu'il fait partie d'une classe exploitée et que c'est à travers le combat ouvrier et révolutionnaire qu'il faut transformer la société bourgeoise qui l'exploite. Émile Duval est un révolutionnaire patriote.

En 1860, il rejoint les rangs blanquistes. Il organise les militants des quartiers populaires et les fondeurs, notamment ceux du 13e, son quartier. En 1864 eut lieu une grève des fondeurs en fer de Paris à laquelle il participa pour obtenir la réduction à 10 heures de la journée de travail. Il crée une mutuelle qui tient lieu de syndicat dont il fut tantôt président, caissier ou secrétaire.

En 1867, presque tous les membres du bureau adhérèrent à l'Internationale et, parmi eux, Émile Duval (qu'il quitta momentanément un peu plus tard). En février 1870 commence ce qui deviendra, à partir du 16 avril, la plus grande grève générale sous l'Empire, celle des ouvriers fondeurs avec à leur tête Émile Duval ; il devient l'un des trois délégués des ouvriers fondeurs du Conseil fédéral de l'AIT. Cette grève va durer jusqu'en août 1870. Les soutiens arrivent de partout : de Suisse, de Belgique, et même de Prusse. Duval va même à Londres récupérer des aides auprès des syndicats anglais (Trade-Union). Il crée dans le 13e le « Club Démocratie et Socialisme » qui adhère à l'AIT en 1870.

Émile Duval s'avère donc un organisateur hors-pair de la lutte que l'on peut qualifier aujourd'hui de syndicale, courant des usines Cail à Grenelle aux usines Gouin dans le 11e et aux Batignolles. Il parvint à former dans le 13e un des foyers les plus ardents de révolutionnaires qui commençaient à inquiéter très sérieusement l'Empire. Nous aurons l'occasion d'évoquer encore Émile Duval un peu plus loin.

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