La presse pendant la Commune

Malgré la guerre civile qui fait rage, les 72 jours de la Commune sont une période d’intense politisation populaire et de floraison de la presse. Le journal est alors vendu à la criée, le « petit journal » à un sou (5 centimes) ou le « grand journal » (au moins deux sous). Il est acheté, lu et écouté collectivement au cabaret, dans les cours, sur les pas de porte. Les titres résonnent, jetés par les vendeurs à la criée, et les articles sont repris et commentés dans les clubs et dans les ateliers.

Pendant la Commune, 71 titres de journaux apparaissent, soit un par jour en moyenne. En tout, une centaine de titres ont été diffusés, soit près de 1 500 numéros, parfois à des milliers d’exemplaires. Certains journaux sont éphémères, quelques-uns réduits à un numéro unique. D’autres subsistent sur la totalité ou la quasi-totalité de la période communarde. Comparés à la réalité sociale parisienne (1,8 million d’habitants, 440 000 ouvriers, 485 000 inscrits sur les listes électorales, 230 000 votants pour les partis révolutionnaires), les chiffres de diffusion de la presse sont exceptionnels. Les trois titres les plus diffusés (le Cri du Peuple de Jules Vallès, le Mot d’ordre d’Henri Rochefort, le Père Duchêne d’Alphonse Humbert, Eugène Vermersch et Maxime Vuillaume) auraient tiré à plus de 150 000 exemplaires à eux seuls.

La diversité de la presse communarde est à l’image de celle de la Commune tout entière. Toutes les sensibilités sont présentes, y compris celles qui combattent ouvertement la Commune (quelques journaux partisans de Versailles sont toutefois interdits en mai, pendant l’offensive versaillaise contre Paris). Les partisans de Blanqui ont Le Réveil (Charles Delescluze) et Le Vengeur (Félix Pyat) ; les proudhoniens lisent La Commune (Georges Duchêne), les « internationalistes » ont La Révolution politique et sociale et Le Cri du peuple, les autres socialistes se tournent vers La Sociale d’Auguste Vermorel et de Léocadie Béra, dite André Léo, ou vers Le Tribun du peuple de Prosper-Louis Lissagaray.

Au lendemain de la Commune, la quasi-totalité de la presse se rangea du côté des vainqueurs de la Commune. Quelques journaux de province seulement ne participèrent pas à la curée, comme les Droits de l’Homme de Jules Guesde à Montpellier, l’Émancipation de Toulouse ou le National du Loiret. Au contraire, nombre de journaux qui s’élevaient contre les rigueurs de la répression furent l’objet de poursuites, pas toujours suivies d’effet heureusement.

La semaine sanglante fin de la Commune La Commune et les étrangers
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